Quels étaient les réseaux de circulation des métaux précieux utilisés dans la monnaie en Occident musulman, depuis les conquêtes arabes jusqu’aux dynasties berbères (VIIIᵉ–XIIIᵉ siècles) ? D’où provenaient l’or et l’argent monnayés par les différents États de l’Occident musulman ? Dans quelle mesure les changements politiques au Maghreb et en al-Andalus ont-ils influencé la circulation des métaux précieux ?

Le projet ALMACIR se concentre sur la partie occidentale du Dār al-Islām, entre les conquêtes arabes du Maġrib al-Aqsā et d’al-Andalus au tournant des VIIᵉ–VIIIᵉ siècles, et la chute des Almohades en 668/1269. Sur la base du témoignage des sources écrites, l’historiographie traditionnelle et récente a démontré l’importance de l’or subsaharien, les routes de sa circulation transitant par Siǧilmāsa, ainsi que la richesse d’autres villes sahariennes situées au carrefour des routes du sel et de l’or, telles qu’Awdaġust (dans l’actuelle Mauritanie). Les sources écrites éclairent également l’exploitation des métaux précieux au Maghreb. Plus récemment, les études archéologiques en Afrique du Nord, en particulier dans la région de Siǧilmāsa, ont apporté une nouvelle dimension à ces recherches. Si la circulation des métaux précieux s’est surtout concentrée sur l’or, celle de l’argent mérite d’être mise en valeur, notamment son éventuel mouvement vers la péninsule Ibérique depuis l’Afrique du Nord, où se trouvaient des mines réputées, comme celles de l’Atlas marocain dont la richesse fut soulignée par le géographe du IXᵉ siècle Ibn Ḫudāḏbih. La région fut soumise à différentes autorités : le Maġrib al-Aqsā se trouva progressivement lié à al-Andalus, avec l’expansion du califat omeyyade de Cordoue au sud du détroit de Gibraltar jusqu’au contrôle de Siǧilmāsa (366/976), puis avec les conquêtes et le retrait des Almoravides et des Almohades aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Le projet repose sur un examen de la circulation de l’or et de l’argent dans ces contextes politiques variés, sous un nouveau jour : celui des caractéristiques de composition chimique des monnaies.

Objectifs principaux :

  1. évaluer la circulation de ces métaux sur une large chronologie entre l’Afrique subsaharienne, le Maġrib al-Aqsā et al-Andalus ;
  2. quantifier l’évolution de cette circulation ;
  3. déterminer l’impact des changements de domination dans la région.

Hypothèses de recherche :

  1. Les différentes phases d’accroissement de la production monétaire, mises en évidence par les études numismatiques, impliquent des stocks de métaux variés. Ceux-ci pouvaient provenir des mines ibériques, comme l’archéologie l’a partiellement démontré pour la période omeyyade, ou de gisements extérieurs à la péninsule, voire en dehors d’al-Andalus. Un métal d’une même origine géographique pouvait être utilisé dans plusieurs ateliers monétaires, et peut-être l’or subsaharien était-il frappé aussi bien dans l’atelier omeyyade de Siǧilmāsa qu’à Cordoue ou dans la cité palatine de Madīnat al-Zahrā.
  2. Les changements notables dans l’approvisionnement monétaire résultent et reflètent les contacts et influences dans le bassin occidental de la Méditerranée. L’exploitation des mines d’argent en Afrique du Nord a pu constituer une source d’approvisionnement, notamment pour la péninsule Ibérique, selon les zones contrôlées par les différents pouvoirs.
  3. Les évolutions et expansions politiques des États islamiques de l’Occident ont pu influencer la circulation des métaux précieux. Le contrôle omeyyade de Siǧilmāsa, et surtout les conquêtes berbères des XIIᵉ–XIIIᵉ siècles, ont probablement entraîné l’arrivée de l’or subsaharien en al-Andalus, où furent frappés des dinars de qualité renommée.

Le projet ALMACIR propose une approche pluridisciplinaire pour atteindre ses objectifs. Bénéficiant d’une historiographie dense sur le sujet, il s’appuiera sur les données archéologiques les plus récentes concernant les zones sahariennes, sur une étude numismatique à grande échelle — prenant en compte pour la première fois la production monétaire de l’ensemble des États musulmans d’Occident entre les VIIIᵉ et XIIIᵉ siècles — et sur des données archéométriques, qu’il se propose de développer dans une ampleur jamais envisagée jusqu’à présent pour cette monétisation.